Psychothérapeute belge, Delphine Rémy reçoit depuis une dizaine d’années les enfants et leur famille dans son cabinet de Bruxelles. Une expérience qui l’a menée à publier un ouvrage intitulé « Être un parent bienveillant, tout ce qu’il faut savoir pour aider ses enfants à s’épanouir », publié chez Eyrolles. Elle revient pour nous sur la question de la confiance en soi.

Pourquoi les parents viennent-ils vous voir ?

Beaucoup de parents viennent me consulter parce qu’ils veulent bien faire et qu’ils en sont épuisés : ils pensent que pour avoir une place dans la société et pour « réussir » leur vie, les enfants doivent avoir confiance en eux. Mais comment faire pour les rendre confiants et autonomes ? S’ils essaient et que cela ne fonctionne pas, ils s’angoissent très vite.

Pourtant ne dit-on pas qu’il faut stimuler les enfants ?

Cela part toujours d’une bonne intention, mais lorsqu’on veut aller trop vite, cela peut créer des blocages. Prenez par exemple les parents qui achètent des jouets pour les enfants de 6 ans, alors que le leur n’en a que 3 : ils aimeraient que leurs enfants réussissent tout vite. Peut être trop vite : leur enfant n’est pas forcément capable de jouer à ce jeu et s’il n’y arrive pas, il va se sentir en échec.  Et cela crée finalement l’effet inverse que celui qui était recherché !

Comment donner confiance en soi aux enfants ? Y a t il une recette magique ?

Quand l’enfant nait, il dépend de ses parents pour tous ses besoins, puis il va grandir et s’en détacher peu en peu. Cette confiance en lui, il va l’acquérir grâce au regard que portent sur lui ses parents : si sa mère est confiante, le bébé pourra par exemple commencer à s’éloigner et parcourir quelques centimètres. Mais si elle est stressée et inquiète au contraire, il se demandera pourquoi elle tente de le retenir : y a t il du danger ? est-ce risqué d’y aller tout seul ? Et cela pourrait l’empêcher d’avancer.

Comment définiriez vous le rôle des parents ?

C’est de soutenir son enfant et d’être pour lui un guide qui soit disponible pour l’accompagner dans de nouvelles expériences, en respectant à la fois son rythme et ses envies, tout en mettant, pour sa propre sécurité physique et psychique, des règles claires et fermes si nécessaire. Alors, bien sûr, si l’on n’a pas le temps, si l’on rentre tard, si l’on est fatigué, on n’aura pas les moyens d’être disponible tous les soirs. Mais grandir, c’est  expérimenter et se frotter à l’inconnu.

Comment savoir où mettre le curseur ?

On a souvent l’impression de lâcher « trop » son enfant ou bien « pas assez », mais ce qui est intéressant, c’est de se remettre en question. Car on ne peut pas mettre le curseur « une fois pour toutes » : cela évolue en permanence, en fonction de l’âge de son enfant. Par exemple, on va s’apercevoir tout d’un coup qu’il a de nouveaux acquis, qu’il sait faire quelque chose de nouveau, qu’il ne savait pas faire il y a encore 6 mois.

Comment suivre le rythme de son enfant ? Par exemple, comment savoir s’il est prêt à aller seul à l’école ?

Il n’y a pas vraiment de réponse, c’est avant tout en fonction de son enfant : les étapes viennent l’une après l’autre. S’il arrive par exemple à enfiler ses chaussettes lui-même, il pourra s’habiller tout seul. Si vous voyez qu’il regarde bien s’il y a des voitures sur la chaussée avant de traverser la rue, vous pourrez lui proposer d’y aller seul : il sera prêt. Vous aurez préparé un cadre sécurisé.

Cela demande donc une grande flexibilité ?

Oui, c’est une spécificité humaine : nous nous adaptons tout au long de notre vie ! C’est seulement en étant souple et flexible, qu’il y a des choses, dans la vie, qui peuvent se produire. C’est cette souplesse mentale qui permet de laisser son enfant gagner en autonomie, petit à petit. Ce n’est pas rien d’être parent : il faut tout le temps se questionner : « est-ce qu’il peut déjà faire ceci ou cela ? »,  « est-ce qu’il peut y arriver ? ».

On revient à la question de la séparation ?

Oui c’est fondamental. Cela commence avec la naissance, puis il y a la nuit, la nounou, l’école, le sport, la colonie de vacances, les vacances chez les copains… Pour que cela se passe au mieux, il faut avoir installé cette confiance en soi. Mais certains parents, tout en disant à leurs enfants « vas-y » pensent, au fond d’eux, « non, ne pars pas, j’ai trop peur qu’il t’arrive quelque chose ». Or, les enfants sont fidèles à leurs parents : s’ils ressentent de l’anxiété, par exemple une maman qui pleure lorsque son petit franchit la grille de l’école, ils reçoivent un message négatif.

A quel moment peut-on relâcher sa vigilance ?

Même à l’adolescence, c’est important d’avoir encore un minimum de sécurité : avant d’autoriser son adolescent à sortir le week-end, veiller par exemple à ce que le film soit adapté à son âge, à connaître au moins l’un de ses amis, etc. Même si tout roule, l’adolescence est un moment où l’on s’oppose au modèle parental et où l’on fait ses propres expériences. Mais si, en tant que parent, on lui a permis de développer cette confiance en lui et si on lui a aussi inculqué toutes les valeurs auxquelles on croit (le bien /  le mal…), il sera équipé pour parcourir le monde et faire face aux difficultés. Il aura développé la plupart des capacités nécessaires.

Que faire si on n’arrive pas à lâcher son enfant ?

Si l’on s’en rend compte, il faut travailler ses propres difficultés : que se passe-t-il ? Que se-passe-t-il avec mon enfant ? Quelle place occupe-t-il dans ma vie ? On peut faire des enfants pour mille raisons (ne pas être seul, prolongement de soi, etc.), mais il faut garder en tête qu’un enfant, c’est sa vie à lui qui se prépare. C’est important d’y réfléchir… Et aussi de faire confiance aux personnes de la structure qui s’occuperont de son enfant : pour laisser son enfant partir, il faut aussi se sentir soi-même rassuré et sécurisé.

Y a-t-il des parents qui réussissent mieux que d’autres ?

Non, des parents parfaits, cela n’existe pas et tout le monde peut rencontrer un jour ou l’autre des difficultés ! Il faut évoluer en même temps que son enfant : cela ne sera pas la même chose à 3, à 10 ou à 16 ans. Pour que cela se passe bien, il faut chercher à comprendre qui on est et régler ses propres peurs qui se réactivent lorsqu’on a des enfants : si on a un tempérament anxieux, par exemple, veiller à ne pas transmettre la perception d’un monde plus dangereux qu’il n’est. Sinon, cela pourrait perturber l’acquisition de cette confiance en soi.

 

 Propos recueillis par Agnès MOREL.