Emmanuel Macron s’y était engagé durant la campagne présidentielle : les classes bilangues, qui permettent d’apprendre une seconde langue vivante dès la 6e, sont rétablies dès cette année. Une réforme saluée à l’unanimité.

Mi-juin, le ministre de l’Education nationale a publié un arrêté rendant possible le rétablissement des classes bilangues au collège. Puis, à la mi-juillet, c’est le président de la République lui-même qui l’a annoncé, en parlant de l’anglais et de l’allemand, un binôme qui compose 90% des classes [1]: « L’objectif est d’ouvrir environ 1 200 classes bilangues à la rentrée 2017 ». Dorénavant, les établissements pourront donc proposer à nouveau deux langues vivantes, dès la sixième, à raison de 3 heures par semaine.

Une bonne nouvelle ! Car  la réforme menée par le gouvernement précédent en avait restreint l’accès aux élèves ayant commencé une autre langue que l’anglais en CE1… ce qui avait entraîné la fermeture d’une classe sur trois environ.

Bémol : l’agenda risque d’être trop serré pour les collèges qui avaient déjà préparé la rentrée, d’autant que « l’annonce ne s’accompagne pas de moyens supplémentaires et que beaucoup d’enseignants de langue sont affectés sur plusieurs établissements », nuance Thérèse Clerc, présidente de l’Association pour le développement de l’enseignement de l’allemand. L’effet devrait plutôt se ressentir l’an prochain.

Pour autant, cette annonce a de quoi réjouir les enseignants : « La classe ou plutôt la « section » bilangue, puisque il s’agit de petits groupes, accorde plus de temps à l’apprentissage des langues, soit quatre années, ce qui permet aux élèves d’atteindre véritablement deux niveaux de LV1 en fin de Troisième », poursuit-elle.

Et commencer tôt est un gage de réussite : plus on répète, plus on assimile. « En Sixième, l’entrée dans la langue est facile », confirme Yan K’Divel, professeur d’allemand à Paris. D’autant que les enseignants adaptent leurs séquences : « avec les plus jeunes, nous jouons sur la saveur, la musique ou la forme des mots, ou sur l’aspect « jeu de rôle ». Notre approche est différente et moins scolaire qu’en LV2 ».

Idem pour Astrid Collet, professeur en Franche-Comté : « Comme nous sommes moins pressés, nous pouvons axer davantage de cours sur la communication et l’oral, plutôt que sur la grammaire, et parler plus facilement de civilisation et de culture : la gastronomie, la chancelière… Ce qui est important aussi ! »

Ce qui facilite l’apprentissage, c’est également la découverte concomitante de deux langues, qui « s’appuient l’une sur l’autre. Au quotidien, les deux professeurs de langues travaillent sur les mêmes thématiques », explique Thérèse Clerc. « Les élèves découvrent, en même temps, le lexique de l’école, la famille, les amis, etc. Les progressions sont parallèles ».

Les enfants risquent-ils de mélanger les deux ? « Il peut y avoir quelques erreurs, mais peu », poursuit-elle. « Les élèves apprennent vite et présentent souvent un meilleur niveau linguistique qu’en LV1 classique ». Peut-être parce qu’il s’agit d’élèves ayant des facilités scolaires ? Pas forcément : « Tous les élèves peuvent s’y épanouir et il ne faut surtout pas que les familles aient peur d’y scolariser leur enfant ! » encourage Thérèse Clerc, sauf bien sûr, en cas de difficultés majeures en CM2.

Si les élèves réussissent bien, c’est aussi qu’ils sont très motivés… mais comment motiver son enfant ? « Tout ce qui éveille la curiosité est positif », encourage Thérèse Clerc.

Rien de tel, par exemple que d’écouter des chansons, de regarder des séries en VO, voire d’emmener son enfant à l’étranger, quand on le peut, afin qu’il puisse utiliser les mots qu’il connaît. Astrid Collet, qui enseigne en Franche-Comté, encourage elle-aussi ses élèves de sixièmes à passer la frontière, ne serait-ce que pour aller au parc d’attraction Europa Park : « c’est tout bête, mais ils sont ravis de dire « merci » ou « saucisse » en allemand ! »

Ainsi, un enfant scolarisé en classe bilangue aura plus de chances de partir 8 jours chez son correspondant, dans une ville jumelée, ou bien en une famille d’accueil : les enseignants y sont plus nombreux à organiser des voyages scolaires, et ce, dès la première année. « Ce sont des voyages très importants pour les élèves, car, comme le résume Yan K’Divel, « rien ne peut être comparé au plaisir du voyage et le plaisir est le moteur le plus efficace pour l’apprentissage. »


L’avis des parents :

Pour Samuel Cywie, porte parole de la PEEP, dont les deux adolescents sont passés par ce système, le rétablissement des classes bilangues représente « une véritable chance, une formidable ouverture d’esprit sur deux cultures étrangères, ainsi qu’un gage de réussite scolaire et professionnelle quand on voit l’importance des langues aujourd’hui ».


AM

[1] Près de 10% des classes bilangues proposent anglais + espagnol, italien, arabe, chinois…

En savoir plus sur notre label, nos organismes adhérents et suivre notre actualité : www.unosel.org