Professeur d’anglais en lycée jusqu’en 2013, Pierre Couturier est l’auteur de plus de 30 ouvrages consacrés aux épreuves d’anglais aux différents examens, tests, concours. Il est aussi un professionnel des séjours linguistiques. Dans cette interview il donne ses conseils et astuces pour les lycéens dans leur apprentissage de langues et réussite au Bac.        

Pourriez-vous nous faire un état des lieux des objectifs pédagogiques actuels des enseignants au lycée quant au développement des compétences linguistiques des élèves.

Avec la réforme du lycée entrée en vigueur il y a maintenant quelques années, l’enseignement des langues a profondément changé au lycée. Ce qui est réellement marquant, et qui n’est pas sans surprendre les élèves, c’est la part de l’oral dans les pratiques pédagogiques. Un autre enjeu important est sans aucun doute l’intégration des nouvelles technologies qui permettent d’avoir accès, en classe et en dehors des heures de cours, à de nombreuses ressources qui permettent de prolonger l’exposition à la langue.

Quelle évaluation proposent les nouvelles épreuves de langue étrangère au Bac? 

L’épreuve écrite finale telle qu’elle existe depuis de nombreuses années, même si elle a évolué sur la forme, reste un temps fort de l’évaluation. Mais l’écrit ne représente plus que 50% de la note pour chaque langue vivante. Les élèves passent tous une épreuve de compréhension orale et une épreuve de production orale, qui sont mises en oeuvre par les équipes pédagogiques à l’intérieur des établissements.

Dans cette optique, auriez-vous des conseils pour les lycéens sur la façon dont ils devraient construire leur travail en classe et à la maison tout au long de l’année scolaire?

En réalité, pour avoir été enseignant presque exclusivement en Seconde et en Terminale, je conseillerais les étudiants de prendre la mesure de ces changements dès leur entrée au lycée. Rattraper ses lacunes sur le plan grammatical, enrichir son vocabulaire, se forcer à regarder des séries ou des films en VO sont des activités incontournables. Les épreuves du Bac ne se préparent pas quelques semaines en amont

Le travail en classe et l’assiduité avec les devoirs sont-ils suffisants pour réussir au Bac?

Ce sont des éléments importants. La participation en classe est aussi essentielle même si, dans les faits, les effectifs parfois importants limitent les interventions des élèves.

Quelle est la meilleure méthodologie pour parfaire son niveau linguistique et remporter avec brio l’épreuve du Bac?

Je crois qu’il existe aujourd’hui de très nombreux outils ou dispositifs accessibles aux élèves : le téléchargement (légal bien entendu…) de contenu audio ou vidéo, les podcasts, Netflix, la possibilité sur de nombreuses box télé d’accéder à la version originale des films et séries sont des accélérateurs de progrès. Ils améliorent les compétences de compréhension et de prononciation tout en enrichissant le vocabulaire. La consultation des annales corrigées du Bac reste aussi un exercice utile. Les séjours linguistiques aident également à faire progresser son niveau de langue en immersion. Enfin, un travail régulier reste à privilégier et sera plus “rentable” qu’un travail de dernière minute.

Que pensez-vous des stages spécial prépa bac en anglais?

Ils peuvent être utiles à certaines conditions :

  • nombre de participants réduits pour personnaliser le contenu et être en mesure de répondre aux besoins des élèves,
  • entraînement à toutes les épreuves, et notamment aux épreuves orales…

Vous étiez membre du jury lors des épreuves d’anglais au Bac, avez-vous constaté des erreurs types chez les élèves?

Il y a d’abord des erreurs de compréhension ou de lecture. Certains élèves rédigent un compte-rendu de l’épreuve de compréhension orale en anglais alors qu’on attend une production rédigée en français. Pour l’épreuve écrite, certaines questions sont communes à tous les élèves et d’autres sont spécifiques aux élèves de la filière L …

Sur le plan linguistique, de nombreuses erreurs persistent au niveau des temps de conjugaison, au niveau des prépositions et on observe encore trop souvent, dans la production écrite, une tendance à traduire mot à mot ce que l’on a en tête.

Que devrait-on retenir des différences entre l’anglais et le français, pour ne pas tomber dans le piège des “faux amis” dans la traduction et l’expression des idées?

D’abord, il faut apprendre la liste des faux amis. Cela évite les classiques faux-sens sur des mots comme actually, eventually, college… Il faut aussi garder en tête que si on ne connaît pas un mot précisément, on est malgré tout en capacité de l’expliquer d’une autre manière pour être compris. Car en langues, à la différence des mathématiques, il n’y a pas une réponse exacte : on évalue moins ce qui est dit que la manière dont cela est formulé.

Vous avez sûrement quelques astuces et conseils pratiques à partager pour apprendre la langue en s’amusant..?

Je risque de me répéter, mais je crois beaucoup aux vertus des séries télé. Lorsque j’ai enseigné dans des TD à la fac de droit, nous utilisions de nombreux extraits de séries comme Law and Order ou The Good Wife. Les étudiants peuvent avoir l’impression d’une certaine légèreté dans un premier temps jusqu’à ce qu’ils réalisent que l’extrait étudié a permis d’établir une liste de mots nouveaux et d’apporter aussi un éclairage culturel sur un sujet précis.

Et pour impressionner le jury le jour J?

Bien sûr, lorsqu’un élève réussit à placer des mots ou des tournures assez rares, cela est susceptible d’impressionner le correcteur, à condition que leur emploi soit assez naturel. Les élèves ont souvent tendance à “placer” certains mots de liaison ou expressions idiomatiques de manière un peu forcée. Le correcteur peut être tout aussi impressionné par un candidat qui utilise un vocabulaire plus limité mais dans un anglais correct, cohérent, avec aisance, clarté et fluidité.

Un mot de la fin?

Il n’y a pas de fatalité. On n’est pas “mauvais” dans une langue à vie, il faut travailler. Dans la plupart des filières post-bac, les langues et notamment l’anglais sont obligatoires et indispensables. Certaines universités ou écoles imposent la validation d’une certification pour poursuivre le cursus.

 

 

Propos recueillis par Kseniya Yasinska

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